Carrassan par Christian Loubet – Carrassan by Christian Loubet !

Un nom qui hésite entre griffe et caresse, entre Espagne et Orient. Une peinture faite d’arabesque graphique et de plages colorées à vif, de traits et de traces. Un itinéraire dans un archipel imaginaire où l’on croise des flamands roses et des papillons…

Elle nous a d’abord entraînés dans les espaces infinis aux « transparences bleues » qui aspirent la forme évanescente dans leur camaïeu. Nous y fûmes piégés par le regard d’un Autre : idole, sage ou dieu cosmique. Un jour ses rêves s’épanouirent en bouquets dans une explosion de couleurs à peine modelées, la peau des fleurs presque vivante, chaude et sensible… Ces figurations « à la limite » manifestaient une unité essentielle dans l’éclat du multiple. On y devinait la nostalgie de n’être pas fleur ou le désir de devenir marbre irisé.
Plus tard sous l’aile d’un oiseau impérieux, surgit un couple nouveau . L’homme et la femme jouèrent la tragedia dell’arte pour mieux éprouver tous les possibles, dans les plumes et les oripeaux multicolores d’un manteau d’Arlequin au carnaval d’une Venise rêvée. Enfin Carrassan jeta les masques et révéla la chair sous les voiles. Survint alors, sur fond de nuit, l’irruption d’un corps pulpeux hors d’une chrysalide transparente dont la trame, masque ouvert, forme écrin. Et le papillon devint femme.
La découpe stricte d’un cadrage (qui mord parfois sur le cadre) valorise une posture; son vêtement repoussé ou ôté, le « nu surpris » suscite la visée érotique. On pense à Degas, Gauguin ou Modigliani réinterprétés à la lumière du surréalisme ou de l’hyper-réalisme. Un décalage anodin procure la distance étrange qui évite le trompe-l’oeil.
Dans un plan très rapproché, sur l’axe d’une diagonale discrète, voici une jeune fille étendue, profil perdu. Trois taches encadrent le corps cuivré : le noir de la chevelure, le rose d’une serviette et le bleu vif d’un pagne qui arrête la vision du spectateur au milieu du ventre, déterminant un recadrage intime de la figure. Tandis qu’elle dort , un sein glisse vers l’avant, mis en relief dans la parenthèse d’une ombre. Vivant. Alentour, la plage est traitée dans une savante variation de mauve, d’azur et d’or, en écho subtil à la carnation. Le corps offert de cette belle anonyme est un paysage, un monde en soi. Vibrant sous le soleil, sur le « sable chaud  » (1995).
Les croupes d’un désert vide (de sable, ou de neige) n’offrent pas moins d’intense sensualité. Le désir d’une fusion dans un cosmos où il suffirait de trouver place pour y jouir du nirvana, exprime peut être le point sublime de l’itinéraire. Dans la peinture, la figuration se maintient au fil d’Ariane d’un graphisme qui module la gamme chromatique. A ce point de son parcours Carrassan précise une démarche qui s’affine.

Christian LOUBET
Professeur en Histoire des Arts et des Mentalités
Université de Nice – Sophia Antipolis
Septembre 1995

 

CARRASSAN !

A name that hesitates between claw and caress Spain and the Orient. A painting made of graphic arabesque and of spaces coloured to the quick, of lines and marks. An itinerary into an imaginary archipelago where one can meet pink flamingos and butterflies.
She first took us to infinite spaces with « Transparences bleues » that draws up the evanescent form in their camaieu. We were trapped there by the look of Another : idol, sage or cosmic god. One day her dreams blossomed into bunches in an explosion of barely shaped colours, almost the living skin of flowers, warm and sensitive… These figurations « à la limite » showed an essential unity of the splendour within the multiple. We could guess at the nostalgia of not being a flower nor having the desire of becoming iridescent marble.

Later under the wing of an imperial bird, a new couple suddenly appeared. The man and the woman played la tragedia dell’arte to experience better all the possibilities, in the feathers and the multicoloured patches of a Harlequin’s coat at the carnival or a dreamed Venice. At least Carrassan threw the masks away and revealed the flesh under her veils. Then, on a dark background, a sensuous body appeared out of a transparent chrysalis the weave of which, open mask, forms a jewel case. And the butterfly became woman.

The strict cut of a centring (that sometimes encroaches up to the frame) gives emphasis to a posture; its clothing moved up or removed, the « surprised nude » arouses the erotic aims. We think about Degas, Gauguin or Modigliani reinterpreted under the light of surrealism or hyperrealism. An innocuous difference provides the strange distance that avoids the trompe l’oeil.

In a close up, on the axis or at a slight slant, appears a young girl lying, lost profile. Three dots surround the copper body : the black of the hair, the pink of a towel and the vivid blue of a loincloth that stops the vision of the spectator at the centre of the belly, defining an intimate reframing of the body. As she is sleeping, a breast slides forward, emphasised within the parenthesis of a shadow. Alive. Around, the beach is treated in a skilful variation of purple, azure and gold, as a subtle echo to the flesh tones.The beautiful, unknown, abandoned body is a landscape, a world to itself. Brought to life under the sun, on the « Warm sand » (1995).

The crests of a desert, empty (of sand or of snow), do not offer less intense sensuality (cf. « Mirage »). The desire of fusion in a cosmos where you could find a place to enjoy the nirvana, expresses, perhaps, the sublime point of the itinerary. In the painting, the figuration keeps with thread of Ariana a style that modulates the chromatic scale. At this point in her journey, Carrassan reaches a refining step.

Christian LOUBET
Professor of History of Arts and Attitudes
University of Nice – Sophia Antipolis
September 1995

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